Jeudi 14 septembre 2006 4 14 /09 /Sep /2006 09:37
Sortir du cocon

Dans notre société, "l'espace privé" prend, dans la vie quotidienne, de
plus en plus d'importance comparé à l'espace public.
Il est vrai que ''l'espace privé" conditionné par la propriété privée colle
parfaitement au système néo-capitaliste.
Que ce soit dans "l'espace privé" du lieu de travail ou dans "l'espace privé" du domicile, deux règles s'appliquent : c'est le propriétaire qui gère l'espace et les gens étrangers à cet espace n'y ont pas droit de parole.
L'espace public existe néanmoins. Dans nos villes et villages, une grande partie du territoire est constitué d'espaces qui appartiennent à "tout le monde". Tout le monde a le droit d'y aller, d'y rester et d'y exercer des activités. Mais on pratique de moins en moins ce droit et si on le fait cela est considéré comme un comportement marginal.
Pourtant, autant à un niveau revendicatif qu'à un niveau usuel, ces pratiques ont existé et existent encore.
Dans les années '70 le Vondelpark ou le Dam à Amsterdam étaient des lieux  de vie installés, dans la durée, sur la place publique.
Hyde-Park est à Londres un endroit où tout le monde peut s'exprimer librement.
Christiana à Copenhague a été, et est encore partiellement, un lieu public
réapproprié par les habitants de la ville.
Plus proche de nous on peut penser à la construction d'un chalet sur la place de Jaude à Clermont-Ferrand en 1998 ou les tentatives du campement Unédic sur Paris en 1999.
Et que font les manifestants, ils s'approprient le pavé.
Ces expériences gênent beaucoup et donnent même parfois lieu à des réactions
répressives violentes. Il y  a une raison. Dans toutes ces expériences nous
sortons de notre cocon pour lier des contacts plus larges et nous échappons au 'contrôle'.

Pourquoi tant de haine ?

L'utilisation de l'espace public semble réveiller le courroux des institutions étatiques.
L'espace public peut être utilisé comme lieu de discussion et de décision, ainsi l'agora dans l'antiquité  ou à l'époque médiévale dans certaines villes, ainsi que pendant les révoltes parisiennes aux XVIIIème et XIXème siècles. Mais c'est un lieu de décision qui échappe à tout contrôle et de plus ce lieu peut toujours se transformer en lieu de vie non contrôlable.

Aussi les efforts sont nombreux pour transformer l'espace public en un espace étatique réglementé et contrôlé. 
Les maires interdisent de plus en plus les rassemblements en centre ville.
Le regroupement de plus de trois personnes est interdit dans les entrées d'HLM. Nous devons demander la permission au préfet pour faire n'importe quelle activité sur notre place publique.
Les raves parties sont encadrées de plus en plus, les "punks à chiens" sont de plus en plus poussés vers la périphérie des villes.
C'est clair, il y a une tentative de mainmise par l'état sur ce qui nous appartient à tous.
A Montluçon, un  "cercle sanitaire" a été établi par différentes ordonnances du maire afin de "purifier" le centre ville.
L'espace public gêne, il est incontrôlable et ingérable.

Reprenons ce qui est à nous

Malgré les tentatives de nous enlever les lieux gratuits de discussion et de
décisions, la résistance s'organise.
L'appropriation des espaces cultivables en milieu urbain (rond point, parc, terrains vagues) existe.
L'Euro May Day à Limoges a montré la possibilité de créer un espace public de gratuité en dehors de toute circuit commercial ou caritatif.
A Montluçon, des tentatives sont faites pour transformer la place centrale de la ville en lieu de discussion et d'échanges.
Des groupes essaient de s'approprier des terrains pour y faire de l'auto constructions (plateau de Millevaches en Creuse ou dans le Puy-de-Dôme).
Toutes ces tentatives mettent implicitement en cause la notion de propriété. Elles démontrent par  la pratique que certaines choses sont à "nous tous" et peuvent être utilisées par tous.

Allons leur prendre ce qu'ils nous ont volé

Se réapproprier  les espaces publics met directement en cause les fondements du système économique qui nous est imposé. Cette réappropriation met en cause la propriété . Elle nous permet de créer des micro zones de 'non propriété' et de 'gratuité'.
Elle nous permet aussi, surtout en zone urbaine, de rendre visible les  contradictions de notre société et d'en discuter avec le "citoyen lambda".
Ces actions ont surtout l'avantage d'être non récupérables. Flottant entre
légalité et illégalité elles intéressent peu les politiciens. Néanmoins c'est de  là que peut venir le changement.

Charles (AC ! CUM)
Par Charles (AC!CUM) - Publié dans : groupederocles
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